Présentation du Pen Duick 600

Suite à une interview de Monsieur Gérard Petitpas et de Monsieur Dominique Presles

Résumé Historique

En 1973, Eric Tabarly et son Ami Gérard Petipas créent la société Pen Duick dont l’objectif premier est de vendre des produits permettant de financer la construction du prochain voilier de course du célèbre marin français le Pen Duick VI. Malgré une notoriété mondiale il rencontre d’énormes difficultés à financer la construction de ses voiliers, Tabarly recherche l’indépendance financière. C’est alors que les deux hommes ont l’idée de lancer une gamme de voiliers destinée au grand public en profitant de la célébrité d’Eric Tabarly.

Gérard Petipas

L’objectif est de construire des voiliers de 6 mètres, 8 mètres 10 et 12 métres pour avoir une gamme complète. Gérard Petipas est sur de son coup, il en a parlé à différentes personnes qu’il connaissait dont Annette Roux la dirigeante de l’époque de la société Béneteau ( aujourd’hui premier fabriquant mondial de voiliers de croisière) et l’architecte Dominique Presles qui est tout de suite intéressé par l’idée d’autant qu’il travaille déjà sur un projet de voilier de 6 mètres. Les deux hommes se rencontrent à plusieurs reprises et travaillent avec Eric Tabarly sur un premier voilier de 6 mètres en Aluminium, une matière offrant solidité ainsi qu’un faible coup de fabrication en raison des nouveaux procédés d’emboutissage.

Tout au long de la réalisation de l’étude, Eric Tabarly apporte son expertise et décrit le voilier qu’il souhaite mettre à disposition du grand public et les objectifs du voilier. Comme le présenta lors de sa sortie le magazine le point , il s’agit d’une “ deux chevaux des mers “, en reprenant le succès connu à la fin des années soixante et au début des années 70 du voilier corsaire de l’architecte Jean-Jacques Herbulot.

Le public qui devait acheter le voilier était le même que celui du corsaire, des gens jeunes ou des amoureux de la mer sans beaucoup d’argent. Dans les années 70 c’est le boum des écoles de voile, une croissance qui avait démarré en 1964 avec la victoire d’Eric Tabarly dans la Transat. Là d’un seul coup la plaisance s’est fortement développé d’ailleurs entre 1965 et 1966, la vente des bateaux à voile a augmenté de 70 % donc il était manifeste que c’est Eric Tabarly qui a entraîné tout ce mouvement

Ce petit voilier doit pouvoir être accessible à tous ( environ 20 000 frs ) en particulier les jeunes qui pourraient en se mettant à 2 ou 3 l’acquérir et partir le long des cotes bretonnes ou de Méditerranée faire du camping sauvage et du cabotage en toute autonomie pendant leurs vacances et poursuivre leur initiation à la voile.

C’est donc avec l’architecte Dominique Presles que le voilier va voir le jour en se servant d’un procédé d’emboutissage de tôle de grande surface qui existait aux Etats-Unis et qu’avaient découvert Gérard Petipas lors d’un voyage.

Avec une machine, cela permettrait sans soudure d’avoir une coque et avec seulement deux soudures, une soudure coque pont et une soudure pour la quille d’avoir un voilier.

Cette technique de fabrication va permettre de faire baisser les coûts de fabrication en économisant notamment sur la main d’oeuvre et d’envisager sérieusement de construire ce bateau trente pour cent moins cher que les concurrents.

Restait à trouver le chantier capable de réaliser cette prouesse technique pour l’époque. Dominique Presles va trouver le chantier. En effet, au même moment il travaille sur différents projets avec la société Leguen-Hemmidy, située en région parisienne et spécialisée dans l’emboutissage de tôle qui collabore avec différentes industries notamment automobile dont les dirigeants passionnés de voile viennent d’acquérir un chantier à Carentan et ont construit un premier bateau en aluminium ( le mirage 22 ) qui a rencontré un certain succès lors de sa présentation.

De son coté, Gérard Petipas recherche également un partenaire capable de mener à bien la fabrication, il en parle au dirigeant d’Alpine – Renault qui se dit emballer par cette idée , Renault envisageait à l’époque de se développer en diversifiant ses activités et propose de construire une usine à la chaîne reposant sur le modèle de la construction automobile mais voilà, Renault est une grosse machine et ils réclament deux années avant de se lancer le temps de créer un bureau d’études pour finaliser le projet. C’est trop long pour Gérard Petipas et Eric Tabarly qui croule sous les dettes de la construction de son Pen Duick VI, ils doivent trouver de l’argent rapidement, ce sera donc le chantier Leguen-Hemmidy.

Un premier bateau est donc construit et les essais en présence d’Eric Tabarly se révèlent positifs, le lancement officiel se tient en grande pompe à Saint Malo en présence de la fille du Président de la République de l’époque Jacinthe Giscard d’Estaing, marraine du voilier.

Image de Jean-pierre Prevel

Le voilier est présenté au salon nautique de janvier 1976, et tout de suite c’est un engouement extraordinaire à tel point que le mardi Gérard Petipas demande d’arrêter de prendre des commandes ( + de 300 en trois jours ) certain que le chantier ne pourrait tenir ses délais de livraison d’autant que Leguen-Hemmidy accuse beaucoup de retard dans le développement de la machine devant permettre l’emboutissage des tôles.

Au final, le voilier sera construit à 350 exemplaires, c’est un vrai succès commercial, des clubs de voile étranger achètent le Pen Duick 600 comme plusieurs clubs suisses mais industriellement c’est un échec, le chantier Leguen-Hemmidy se révèlent incapable de produire rapidement en grosse quantité et c’est la catastrophe qui entraine l’arrêt de la production et l’expérience.

La presse de l’époque s’empare de l’affaire, profite de la célébrité d’Eric Tabarly pour dénoncer cette aventure risquée d’autant que le voilier méritait quelques améliorations techniques comme un plus grand tirant d’eau. Les premiers essais dans la presse sont assassins, le voilier se révèle gitard et quelque peu volage, l’aménagement intérieur est austère et réduit à son stricte minimum…autant de critiques qui ne contribuent pas à lui faire de la publicité.

Mais Gérard Petipas rappel que le voilier avait un but bien précis qui était de faire de la croisière côtière, son faible tirant d’eau un atout pour s’arrêter n’importe ou, qu’il n’a pas été construit pour traverser la manche et encore moins l’atlantique.

Par ailleurs beaucoup de gens qui achetèrent le voilier n’étaient pas nécessairement expérimentés ou issus de clubs de voile, or mettre le pied pour la première fois sur un voilier qui bouge de tout coté dès que l’on se déplace dessus ce n’est pas très rassurant, ça fait peur même encore aujourd’hui car c’est l’image qui reste dans les esprits et qui continuent de circuler à propos de Pen Duick 600, les forums de voile sont inondés de messages négatifs à l’encontre du fameux voilier tout public lancé par Eric Tabarly…..” une honte pour l’ancien marin disparu qui voulait faire du fric et rien d’autre, qui n’a même pas regardé les plans ni navigué une heure dessus “….etc….

Pourtant il n’en est rien, pour toute personne qui connaît la voile et le monde de la mer oui ce voilier à des défauts mais le voilier parfait n’existe pas, il est un peu gitard…et l’aménagement intérieur est dépassé dès le lancement par les voiliers concurrents mais beaucoup de gens ont navigué sur le Pen Duick durant des années, certains ont traversé l’atlantique, d’autres fait le tour de la méditerranée et habité dessus 10 ans, des marins ont affronté des mers difficiles ( océan indien….. ) avec des vents tempétueux ( force 8 ) d’autres encore ont simplement fait un peu de cabotage l’été entre amis ou avec leurs parents et en gardent un bon souvenir.

40 ans après, contrairement aux voiliers en plastique ou ceux en bois, le Pen Duick 600 est encore très souvent en très bon état, on le surnomme même le coffre fort, ce qui démontre sa solidité et son endurance….un mini tourdumondiste

Loin de vouloir faire de l’argent Eric Tabarly souhaitait simplement financer la construction de ses voiliers de course sans devoir régulièrement faire des courbettes devant des hommes d’affaires, des financiers ou des industriels pour poursuivre sa passion, et derrière cela son ambition était de transmettre son amour de la mer, cette dévorante passion pour les bateaux et la voile à la jeunesse. La voile est une formidable école de la vie, on y apprend l’essentiel et c’est en quelque sorte pour respecter sa mémoire et accomplir son rêve que l’association Eric Tabarly en partenariat avec la cité de la mer acquière des Pen Duick 600 pour les mettre à disposition des jeunes notamment avec l’Université de Bretagne.

2 commentaires

  1. bonjour !
    je possède moi aussi un PD 600 -en alu brut , sauf carène traitée à l’antifouling- qui navigue en eau douce

    j’ai un problème de perforation des tôles de la quille : je me renseigne pour résoudre la question en fin d’hiver : avez-vous une idée ?

    je souhaite vous envoyer une photo de mon pied de mât qui me semble plus solide que le vôtre , qui vient de se fendre . La conception du mien pourrait a mon avis inspirer une méthode de réparation de votre mât . Sait-on jamais …

    merci de me donner votre courriel pour correspondre plus simplement

    JH Laurent

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    1. Bonjour Laurent, mon email est
      Voilierordalie@gmail.com
      Concernant la quille effectivement c’est très ennuyeux il va falloir cureter et faire souder. Avez-vous poser un post sur hisse et ho il y a toujours quelques personnes qui ont de bons avis. Concernant mon mat j’ai fait refaire l’intégralité du gréement, les travaux devraient être terminés dans l’hiver
      Bien à vous

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